Mon observation prend place dans un quartier populaire de Strasbourg lors du second confinement de la France en raison de l’épidémie de Coronavirus qui a débuté le 29 octobre 2020. Je vis dans un appartement d’environ 25m² à hauteur d’un arrêt de tram. Mon appartement est assez grand pour contenir tout ce dont j’ai besoin : mon lit deux places fait face à une commode sur laquelle prend place une télévision, une console de jeu et un lecteur vinyle, entre ces meubles, il y a une table basse encombrée du nécessaire à tuber le tabac et de vaisselle de la veille ; au bout de mon lit se trouve un bureau, sa chaise à roulettes, et dans sa suite une étagère destinées à mes livres, vinyles et mon matériel de photographie ; une table est situé contre le mur de la pièce à proximité de la kitchenette, je ne m’en sers pas pour manger mais elle permet d’égoutter la vaisselle propre et j’y ai placé un mini-four ; la kitchenette est encombrée de vaisselle en attente d’être lavée ; pour finir un couloir mène à la porte d’entrée et à la salle de bain. Il se situe dans une résidence récente établie en lieu et place d’une ancienne concession automobile. C’est le cas également de la résidence d’en face que je peux observer de mon balcon. Je me situe à la frontière entre un quartier résidentiel et une zone industrielle qui fut historiquement une forte place de l’industrie automobile en Alsace. Une ligne de bus dessert un arrêt au pied de mon immeuble et le tram est à 50m, la zone est très bien desservie. On trouve dans ma rue des commerces mais aussi une organisation humanitaire et une église parmi les nombreux locaux d’entreprises. La rue est alors surtout passante et accueille le transit de ceux souhaitant faire une course ou de ceux qui se dirige vers l’autoroute par cet itinéraire. Du fait du trafic et des travaux juste à côté, la rue est souvent bruyante ; même la fenêtre fermée. Ce phénomène varie selon les migrations pendulaires.
Je me réveille à 9h, du moins j’essaie. Comme souvent je me rendors de nombreuses fois. Il peut être intéressant de savoir que je me suis endormi peu avant 4h la veille. Heureusement, j’ai prévu le coup et une dizaine de réveils sonnent entre 9h et 10h, heure de mon premier cours. Je me lève finalement à 9h55, enfile un survêtement de sport noir et un sweat à capuche noir banal, puis m’installe à mon bureau pour suivre un cours en visioconférence. Le cours commence par la correction d’un examen, je peine à rester attentif et en profite pour répondre aux messages reçus la nuit et pour consulter les réseaux sociaux. Ce cours a maintenant commencé depuis bientôt une heure et le cœur du cours a bien débuté mais j’y prête à peine attention. J’aurais pourtant bien besoin de revoir les notions présentées malgré que j’ai déjà suivi des cours similaires dans un autre cursus. Le cours s’est finalement achevé vers 11h30 sans que je n’ai rien appris, j’ai pu prendre des captures d’écran de la correction d’un exercice que je pourrais consulter plus tard.
Peut-être que je suis seulement mal réveillé mais j’ai froid chez moi. Cependant, par soucis d’économies, je n’ai pas l’habitude de mettre le chauffage donc aujourd’hui ne fera pas exception.
Je sors sur mon balcon fumer la première cigarette de la journée en observant les vas et vient des camions et camionnettes se rendant sur le chantier d’à côté en écoutant un peu de musique, du rap. Il fait froid dehors aussi. J’en profite tout de même pour aérer mon studio. Des camionnettes jonchent la rue sur 100m le long du chantier et plus encore comme quotidiennement depuis quelques temps.
J’ai beaucoup de devoirs liés aux cours à faire aujourd’hui que j’ai remis à plus tard les jours précédents et je m’inquiète déjà d’avoir le temps nécessaire pour les réaliser. Après un peu moins d’une heure d’échec à réussir à me concentrer et de perte de temps dans les méandres d’internet, je décide de prendre un « petit déjeuner » tardif, il est presque 13h. Je prépare des tartines de pâte à tartiner en visionnant la série Friends.
Après 3h à jouer à des jeux sur mon téléphone devant la télévision, je sors fumer une cigarette. La première chose qui me frappe c’est l’odeur de levure qui a envahi l’atmosphère, sûrement dû aux industries du port du Rhin comme souvent à Strasbourg. En même temps, j’écoute de la musique, culpabilise et angoisse de n’avoir toujours rien fait comme souvent.
Je me réinstalle à mon bureau, maintenant au pied du mur, je n’ai plus le choix de travailler. Je réalise donc mon devoir pour le cours qui a lieu dans 2 heures. Au bout d’une heure j’ai fini ce devoir. Cependant une amie a rencontré un problème informatique et a perdu l’intégralité de ses cours. Elle requiert mon aide et je ne peux pas lui refuser au vu de l’importance de la situation. Je devrais probablement me rendre chez elle après mon travail. Finalement, c’était juste un bug, elle a pu récupérer ses fichiers. En attendant, il me reste un peu moins d’une heure avant mon prochain cours et je vais tenter durant ce temps de contacter une amie, par téléphone pour l’interroger dans le cadre d’un cours prévu demain.
J’ai réussi à finir le devoir juste à temps pour assister à mon cours. Je suis un peu stressé puisque que je dois passer un léger oral sur le travail effectué juste avant mais heureusement ce n’est pas pour une évaluation capitale. Une fois l’oral passé, je me sens soulagé.
Après que chacun ait fait sa présentation, le professeur souhaite nous partager un diaporama mais malheureusement, comme lors du dernier cours, il y a un problème pour accéder au document partagé qui fait perdre du temps de cours. C’est un des nombreux désavantages des cours en visioconférence, les bugs informatiques ou la méconnaissance de certaines fonctionnalités par des enseignants forcés de se former sur le tas à ces nouvelles technologies. Le cours s’est achevé avec quelques problèmes de connexions dont je ne saurais déterminer la provenance. En tout cas, j’avais du mal à comprendre l’enseignant. Il est alors 20 heures.
Immédiatement, je vais me préparer pour aller au travail. Je suis équipier polyvalent en restauration rapide. Je profite du peu de temps dont je dispose pour tuber quelques cigarettes pour la soirée avec les miettes de tabac qu’il me reste, 2 pour l’aller, 2 pour le retour et quelques extras si l’occasion se présente. Une fois fini je me dépêche de me mettre en route pour ne pas être en retard. J’en ai pour 10-15min de marche selon mon rythme et je travaille dans 20min. Je dois encore me changer sur place.
Sur le trajet, la route est plutôt vide en dehors de quelques piétons, voitures et le passage régulier de tram quasiment vides. Un camion de pompier est passé en urgence avec les gyrophares et la sirène comme régulièrement sur ce grand axe. Je suis finalement arrivé assez tôt, 5 min avant la prise de mon service.
Le restaurant étant situé dans un quartier populaire, mais bénéficie aussi de sa place préférentielle au bord d’un grand axe routier pour accueillir une population finalement assez hétérogène. Cependant, cela reste de la restauration rapide à bas coût donc la majorité des clients sont tout de même issus des classes pauvres et moyennes.
Comme le plus souvent, je suis placé en cuisine. Comme je commence assez tard (21h) il n’y a plus beaucoup d’équipier sur le terrain. Le terme d’équipier polyvalent prends alors tout son sens puisqu’il faut être capable d’initier la confection des sandwichs mais aussi de les garnir et de cuire les protéines de la ligne frit et de la ligne grill. Je dois également avancer sur ma close, fermeture du restaurant, en rangeant et mettant en plonge le maximum de matériel et ustensiles mais aussi en contrôlant les dates de péremptions des produits et en replaçant les stocks positifs et négatifs de la cuisine dans les chambres froides. Il faut aussi effectuer dans l’idéal les cuissons à la commande pour limiter les pertes ce qui nécessite de l’organisation, une certaine réactivité et prend du temps supplémentaire.
De manière concrète, je suis posté sur une ligne de confection de sandwich et j’attends que les commandes s’affichent sur un écran. Évidemment, l’attente est rare puisque je profite du temps libre pour me consacrer aux tâches de close explicitées précédemment. Une fois la commande reçue, je mets les pains nécessaires au toaster et m’assure directement d’avoir suffisamment de steaks ou pièces de poulets panées diverses pour réaliser la commande. Pour cela je peux m’aider d’un écran récapitulant les produits nécessaires pour réaliser les commandes en cours. Si ce n’est pas le cas, je relance immédiatement en cuisson ce qui est nécessaire et dont j’ai besoin puis débute le garnissage des pains durant le temps de cuisson. Un collègue s’occupant du drive peut ponctuellement m’aider afin de lancer des cuissons ou de finir des sandwichs. Une fois la commande presque finie, je l’efface de l’écran pour signifier à la ou aux personnes gérant le comptoir qu’ils peuvent commencer à emballer la commande. En effet, à la suite de la Covid19, le restaurant n’accueille plus les clients et seules les commandes en livraison à domicile, au drive ou à emporter sont acceptées.
D’un point de vue vestimentaire, les équipiers partagent le même uniforme : pantalon noir simple, polo de couleur rouge ou marron et casquette. Il existe cependant des variantes selon le grade : le polo prend la couleur bleue lorsqu’on est face à un formateur puis est remplacé par un chemisier ou une chemise pour les hôtes, les swing (sorte de manager adjoint) et les managers. La casquette elle n’est obligatoire que pour les équipiers.
C’est une soirée plutôt calme, c’était le cas avant mon arrivé selon les dires de mes collègues et ça l’a encore été une bonne partie. Jusqu’à 22h30 où il y a eu un rush (une arrivée massive de commande dans un cours laps de temps) assez important, du moins pour les 3 équipiers que nous étions, un au comptoir, un à la prise de commande, encaissement et préparation de commande drive et moi en cuisine. Heureusement, fait notable, un équipier avec qui je m’entends bien, et qui avait dépointé 20 min auparavant et revenu déjà changé en civil afin de m’aider pour le rush. Nous avons aussi été rejoint par la manager sur place qui était auparavant occupée à ses tâches administratives.
Une fois le rush absorbé, le calme était de nouveau de mise et j’ai pu achever la préparation de la close. Une collègue, qui était postée au comptoir, avec qui je m’entends bien également est restée avec moi pour se répartir les pertes. On se confectionne alors chacun un sandwich et récupérons d’autres restes de produits divers à même d’être conservés mais dont les dates limites de consommation sont dépassées. Une fois l’ensemble des ustensiles amenés en plonge, avoir éteint les friteuses et autres appareils puis jetés la nourriture restante et impossible à conserver, la close est achevée. J’en réfère à la manager et je dépointe puis je vais me changer. Il est alors environ 23h30.
Je mange ensuite mon repas avec ma collègue, dans le restaurant jusqu’à ce que la manager annonce son départ et la fermeture des portes. On finit alors tranquillement sur la terrasse, normalement interdite aux clients, comme les tables à l’intérieur d’ailleurs, Covid oblige. Ma collègue a 20 ans et est assez petite. Elle est vêtue d’un long manteau noir et d’une écharpe noire à paillette qui couvre son haut de couleur vive. Nous restons ensemble de la fin de mon travail jusqu’à minuit à peine dépassé et l’arrivée de son père pour la ramener chez elle. Durant ce temps, nous avons parlé, j’ai fumé. J’ai pu faire plus connaissance avec elle puisqu’on n’a pas toujours l’occasion de vraiment se connaître sur le lieu de travail par manque de temps. Les discussions en dehors du service sont très bénéfiques aux liens sociaux, et les interactions se font rares en temps de confinement.
Je rentre ensuite à pied, fume une cigarette sur le trajet. La rue est encore plus déserte, les trams plus vides les uns que les autres se succèdent et je ne croise pas un seul piéton. J’arrive chez moi vers 00h20 et croise un locataire se dirigeant vers la sortie dans le hall d’entrée. Je récupère mon courrier, une publicité que je jette dès que je suis rentré. Une fois rentré je place au frais les produits de pertes que j’ai récupéré de ma close et je déballe mes affaires de travail.
J’appelle sans attendre une très proche amie, que je dois également interroger avant mon cours de 18h et que celle-ci est occupée dans la journée. Je m’empresse également car il est déjà tard et que je ne veux pas retarder l’heure de son couché plus que nécessaire.
On discute tout d’abord de banalités et elle me raconte les nouvelles qu’elle a appris ou les soucis qu’elle a pu avoir avec des personnes de son entourage. Je lui passe ensuite le questionnaire pendant une quarantaine de minute ce qui a eu le don de l’ennuyer et moi aussi. Ensuite nous parlons à nouveau plus légèrement de l’un et de l’autre et des choses récemment arrivés dans nos vies. Nous raccrochons à 2h du matin.
Je prends alors un peu de temps pour me poser et me changer les idées sur les réseaux sociaux, je discute aussi avec la collègue avec qui j’ai mangé, par messagerie privée. J’en profite également pour compléter mes notes sur mon lieu de travail que je n’ai pas pu faire en temps direct. Quelques dizaines de minutes plus tard, je sors fumer une cigarette sur mon balcon en écoutant de la musique, la rue est déserte. Il est maintenant 3 heures passé et je me remets au travail pour achever mon devoir pour le cous du lendemain et compléter celui du cours passé de ce soir. Cependant, encore une fois je me suis laissé distraire. J’ai conversé longuement avec ma collègue, il est désormais 3h30 et je m’attelle à finir mes taches pour profiter d’une petite nuit.
J’ai entendu les premiers trams vers 4h, le bruit des camions poubelles, le trafic qui se densifient. La pièce s’est illuminée lentement de la douce lumière du jour en ce matin brumeux. J’ai fini mon travail, je ferme les volets, il est presque 9h30 lorsque je me couche. Mon réveil est prévu vers 13h.