L’observation se déroule pendant une journée d’automne, dans un grand appartement d’un quartier bourgeois situé au nord d’une grande ville, constitué principalement de maisons avec jardins et d’immeubles modernes et élégants. Il s’agit de l’appartement de mon petit-ami, et de sa famille, avec lesquels je suis confinée. L’immeuble est lui-même un peu excentré et situé tout au nord du quartier, à proximité de la forêt et de quelques champs, étant ainsi à l’abri des bruits de la ville. Il a une allure plutôt moderne, s’élevant jusqu’au deuxième étage avec des façades blanches comportant de nombreux balcons non-alignés. Une construction d’un immeuble se trouve juste à côté du bâtiment, troublant le calme habituel par des bruits sourds et stridents accompagnant les travaux.
Je suis réveillée par mon petit-ami à 7 heures 30, qui prépare ses affaires, cherche ses clefs et des feuilles pour aller passer un examen en présentiel. Je me rendors une fois qu’il quitte la pièce 5 minutes plus tard car je n’ai pas cours de la matinée. Je me réveille à 9 heures et tarde un peu à me lever, ne voulant pas quitter si vite le confort du lit. J’ouvre la porte et traverse le petit couloir pour me rendre à la cuisine. Deux petits couloirs s’entrecroisent perpendiculairement et donnent accès à toutes les pièces de l’appartement, desquels les portes sont toutes ouvertes, pour laisser les deux chats circuler librement. Les murs sont peints en blancs et du parquet flottant brun couvre le sol. Des photos d’enfants âgés entre 6 et 10 ans, tous sourires, représentant mon petit-ami et son frère et un poster tout en longueur de d’une ville du sud de la France, vue du vieux port, ville où ma belle mère a grandi sont accrochés. Je suis seule dans l’appartement, le frère de mon petit ami, que je nomme T., était chez son père et Valerie a passé le week-end chez son conjoint à Sarrebourg. Dans la longue et étroite cuisine, je commence par ranger le lave-vaisselle avant le retour de Valerie. Collé au mur de gauche se trouve un grand plan de travail en marbre gris, accompagné de meubles en bois modernes, faisant face à une table et 4 chaises en bois repeintes en blanc, un grand frigo gris américain et une porte fenêtre donnant sur un petit balcon où Valérie et mon petit ami fument. Je me prépare un bol de muesli, deux mandarines et du thé, et m’installe sur une chaise pour aller sur les réseaux sociaux à l’aide de mon téléphone. Les chats viennent se frotter à mes jambes pour avoir des câlins. Phèdre, avec son pelage brun foncé constellé de petites taches d’ocre et Félix, chat entièrement noir, sont très demandeurs d’affection. Une amie étudiante m’envoie son mini-mémoire pour avoir mon avis. Je commence à le lire. Une fois mon petit-déjeuner terminé, j’emprunte le petit couloir et file dans la salle de bain pour prendre une douche. Petite pièce carrée aux murs blancs et au sol carrelé, la salle de bain est composée de toilettes à gauche, d’une vasque blanche accompagnée d’un meuble marron moderne avec un miroir, en face de la porte, et d’une grande douche d’angle entre la vasque et les toilettes.
A 10 heures, quand je sors de la salle de bain, Valérie ouvre la porte d’entrée et rentre. De taille moyenne et replète, ma belle-mère m’accueille avec un grand sourire joyeux. Elle semble contente de me voir. Ses cheveux épais et bruns coupés au carré laissent entrevoir des racines blanches. Ils sont lâchés et encadrent son doux visage rond, réhaussant la gentillesse et la sympathie qui se lisent dans ses yeux bleus. Elle me demande si ça va et si nous avons passé un bon week-end avec mon petit ami. Je lui réponds à l’affirmative, avec un grand sourire également. Chercheure en mathématiques en CNRS, elle m’explique qu’elle a une visioconférence avec un étudiant du Liban, et qu’elle doit également travailler son projet de recherche pour l’ANR. Elle semble un peu démotivée par ce programme. Elle se retire ensuite dans le salon, vaste pièce chaleureuse et accueillante. Il est composé de deux espaces : une partie salle à manger avec une grande table en bois au milieu de l’espace lisse et des chaises modernes en osier brun foncé, et d’une partie salon, constitué par un grand canapé gris accolé au mur de droite, une bibliothèque noire, plus large que haute sur le mur du fond et par une télévision en face du canapé. C’est une pièce chaleureuse et confortable. La présence d’une porte-fenêtre et d’un grand balcon avec une vue sur la forêt nourrit l’atmosphère sereine et accueillante qui y règne. Il s’agit de l’espace qui lui est attribué pour télétravailler. Quant-à-moi, je me rends dans le bureau, qui est juste à côté de la cuisine. Avec son vieux canapé-lit rouge, son grand bureau, ses bibliothèques constituées de livres scientifiques allemand, d’ouvrages divers et de nombreux classeurs noirs administratifs aux étiquettes jaunies par le soleil, cette pièce chaleureuse et vintage me convient parfaitement pour travailler. Elle a d’ailleurs une porte-fenêtre donnant accès à un grand balcon avec une vue sur la forêt, accentuant la sérénité présente dans cette pièce où je me sens bien. Je m’installe sur le bureau, où sont entreposés méthodiquement mon trieur rose contenant mes cours, des feuilles-doubles et blanches et mon petit ordinateur. J’ai scotché à la fenêtre en face de moi mon emploi du temps et un calendrier mensuel de novembre et de décembre, réalisés à la main, et qui me sont nécessaires pour m’organiser. Je commence par lire en entier le devoir de mon amie et débats avec mes autres amies sur sa pertinence. Je lance l’application forest qui m’accompagne à chaque session de travail. Il s’agit de choisir une durée, par exemple une heure, et un arbre virtuel grandit. Le but de cette application est d’empêcher d’aller sur son smartphone pendant le travail. En effet, l’arbre meurt si on ferme l’application pour utiliser son téléphone. C’est une des méthodes que j’ai trouvées pour réussir à travailler efficacement malgré le distanciel. Je commence ma session travail par une liste détaillée de tout ce que je dois faire pour la semaine, en distribuant les tâches dans les différents jours. Je commence également à faire un planning de révision, les partiels approchant à grands pas. Je m’applique énormément et passe près d’une heure à tout organiser, étant déconcentrée ponctuellement par le bruit des travaux.
Vers midi, je commence à travailler. Je fiche à la main sur une feuille double un polycopié de cours. J’ajoute des couleurs, mets en valeur les notions importantes, armée de mes stabilos. Je prends beaucoup de plaisir à le faire car j’ai toujours aimé travailler mes cours de cette manière. J’ai cependant du mal à me concentrer et ne peux résister à l’envie de regarder les notifications reçues sur mon téléphone. J’entends mon petit ami rentrer, à peine dix minutes après avoir commencé. Il lance un discret « hello » et sa mère lui demande s’il va bien. Je les rejoins dans la cuisine. Grand et mince, il arbore un style « métalleux », habillé tout en noir avec un tee-shirt arborant un groupe de métal. Ses cheveux de jais bouclés sont relevés par un chignon en haut de la tête et ses yeux verts en amande me lancent un regard malicieux quand il me voit arriver. Il a une barbe et une moustache noires de 3 centimètres de longueur. Il s’assoit sur une chaise de la cuisine, ma belle mère et moi restant debout. Il semble fatigué de sa matinée de partiels. Il raconte à sa mère comment ça s’est passé, en insistant sur la rapidité nécessaire pour répondre à toutes les questions. Ma belle mère sait exactement de quoi il parle, au vu de ses connaissances en mathématiques, ce qui renforce leur complicité tout en m’excluant, à cause de mon ignorance dans ce domaine. Ma belle mère commence à couper des poireaux pour préparer le repas et me lance « c’est aujourd’hui que tu observes ? » avec un grand sourire. Je lui réponds « oui ». Elle renchérit « Mais c’est que les étudiants ». « J’observe tout » lui répondis-je. « Je vais faire une sieste à 14 heures » lance mon petit ami sur un ton moqueur en souriant. La conversation se poursuit, abordant les séries dont ma belle mère et moi-même sont friandes, le week-end de ma belle mère passé avec son conjoint, et un petit débat sur l’écriture inclusive après avoir évoqué le devoir de mon amie. Mon petit ami me demande si j’observe et ma belle mère répond « elle enregistre tout ». Ma belle mère semble être un peu amusée par cette observation mais la prend toutefois au sérieux. Elle a déjà intégré une des compétences d’un ethnographe, c’est-à-dire de tout observer et d’essayer de tout retenir. Je décide peu après de me retirer dans le bureau en lançant « je vais prendre des notes ». Je m’assois, mets de la musique, en passant d’Angèle à Carpenter Brut et Tagada Jones, tout en lançant forest et en prenant des notes. Je ne résiste pas à l’envie d’aller sur les réseaux sociaux, ayant toujours un peu de difficulté à me concentrer.
Après avoir griffonné une demi-page de notes au crayon de papier, je me rends dans la chambre de mon petit ami. Il s’agit d’une petite pièce rectangulaire où se trouvent sur la droite, un lit deux places avec une couette et des taies d’oreillers bleus marine, un bureau brun basique sur lequel est posé une tour d’ordinateur, une enceinte de taille moyenne, un écran et son clavier. Sur la gauche, on trouve une bibliothèque contenant des BD et mes livres de cours, et une grande armoire en bois brune. Mon petit ami est affalé sur sa chaise de bureau, devant son PC. Je m’allonge sur le lit et nous discutons, principalement du devoir de mon amie qu’il a lu également. Il me répond d’un air nonchalant, avec un visage assez inexpressif. On perçoit toutefois son intérêt dans l’intonation de sa voix. Vers 13 heures, ma belle mère nous appelle pour manger. Nous nous rendons dans la cuisine où sont disposées sur la petite table trois assiettes, l’une au bout et deux autres en face-à-face. Nous dégustons presque en silence la tarte aux poireaux. Le repas est rapide.
A 14 heures, mon cours débute. J’essaie de me concentrer sur le diaporama et la voix monotone qui explique des formules complexes sans y parvenir. Je décroche et décide d’imprimer mon cours. Je suis déconcentrée par ma belle-mère qui fait passer un entretien en visioconférence à un étudiant libanais dans la cuisine. Je ne prends pas de notes et bois mon thé. Le cours m’ennuie, je suis passive et ne parviens pas à me raccrocher au cours. Sur toute la promotion, seules 40 personnes sont connectées. Je suis fatiguée. J’envoie un message à mon petit ami en lui disant que je n’accroche pas. Il vient me voir et nous discutons quelques minutes. Il me serre dans ses bras et part. Je tente toujours de me concentrer mais j’ai huit onglets ouverts et surfe sur le net. Je n’écoute qu’à la fin du cours, quand la professeure propose de revenir sur une question que j’avais raté à l’examen. Vers 15 heures 30, le cours se termine et je vais dans la chambre de mon petit ami. C’était mon seul cours de la journée. Il suit un cours de communication en visioconférence. Il me regarde en soupirant tandis que je lance un épisode de la série The crown sur Netflix pour faire une pause. J’observe mon petit ami à la dérobée, il ne prend pas de notes et est assez nonchalant. Il a 4 heures de cours en Visio cet après-midi et je le sens très fatigué et démotivé. Je regarde mon épisode allongée sur le lit, emmitouflée dans un plaid.
Vers 17 heures, quand mon épisode se termine, je décide d’envoyer un message à un autre ami que je nomme N, à qui je dois faire passer un questionnaire pour le TD enquêtes. Mon petit ami sort de la pièce et se rend dans la cuisine pour fumer ses cigarettes roulées dans le balcon. Je continue à entendre son professeur parler. Le calme règne dans l’appartement. Ma belle mère travaille sur son ordinateur dans le salon. Je me lève et me dirige vers le bureau pour imprimer le questionnaire, portant sur le covid-19. Le but de cette passation est de déceler les problèmes de cohérence et de pertinence des questions pour améliorer le questionnaire. J’appelle mon ami N en Visio sur mon ordinateur. Son visage rond encadré par des cheveux frisés bruns apparaît sur l’écran. Je le salue, lui sourit et nous commençons rapidement. Il met ses lunettes et je lui lance « Trop bien j’ai l’impression d’interroger un prof’ d’histoire agrégé » tant il paraît sérieux. Je souris et ris nerveusement en lisant les questions qui sont parfois dénuées de sens et très mal construites. Je garde cependant mon sérieux la plupart du temps. N prend au sérieux ce questionnaire et réfléchit à chaque question, me répond de manière très développée et est très critique. Il lance plusieurs fois « c’est débile », avant d’argumenter. Il rit également quand il trouve des questions absurdes. Travaillant en tant qu’AED dans un collège en parallèle de ses études, il est pleinement exposé au covid-19 et m’explique en quoi les mesures prises par le gouvernement sont impossibles à mettre en place. Ses réponses sont toujours longues, avec un vocabulaire très riche et on perçoit une grande aisance à l’oral. La passation dire 45 minutes et mon petit ami quitte son cours pour parler avec N avant qu’il ne raccroche. Mon petit ami me parle de son cours de communication qu’il a quitté plus tôt que prévu. Il est fatigué et un peu plus sur les nerfs que d’habitude.
Vers 18 heures 15, je m’installe au bureau car je dois prendre des notes. Je suis fatiguée et je n’ai pas très envie de le faire donc je surfe sur le net. Je prends laborieusement des notes sur le repas de midi, et je me rends compte que j’ai oublié quelques éléments. Je suis énervée contre moi-même. J’entends mon petit ami au loin dire « j’ai envie de cuisiner ». Je passe dans la cuisine. Il est entrain de couper des tomates en cube. Il me lance « tu viens observer ? » avec un sourire malicieux. Je soupire et lui dit « j’en ai marre, je suis épuisée ». Je l’embrasse et repars dans le bureau. J’ai noté le matin même tout ce que je devais faire aujourd’hui et je me rends compte que je n’arriverais pas à finir la liste. Je décide d’avancer et de continuer à ficher mon cours. Je n’ai pas envie de travailler. J’ai donc beaucoup de mal à me concentrer. J’entends ma belle-mère et mon petit ami et parler dans la cuisine. Ma belle mère approuve ce que prépare mon petit ami en affirmant « c’est bien », d’un ton affectueux. Mon petit ami rétorque « je le fais à la zbeul » en conservant son air détaché. Il prépare une sauce tomate et ma belle mère lui demande comment il fait. Je les entends sortir sur le balcon pour fumer. Je n’arrive plus à travailler donc je décide d’abandonner et de me réfugier dans la chambre de mon petit ami pour regarder un autre épisode de The Crown.
A 20 heures 30, mon petit ami vient me chercher pour manger. Ma belle mère a préparé un sobre repas : de la salade, du pain grillé accompagné de chèvre chaud. Nos conversations sont banales, principalement axées sur nos cours du lendemain. Mon petit ami a 8 heures de cours en Visio et est découragé d’avance. Le repas est très rapide. Ma belle-mère et mon petit ami ressortent fumer et boire un café décaféiné pendant que je prépare une tisane et que je me rends dans la chambre de mon petit ami pour enfiler un pyjama. A 21 heures, mon petit ami me rejoint et nous regardons deux épisodes de Skins, blottis l’un contre l’autre, sur le lit, avec l’écran de son ordinateur tourné vers nous. Ma belle mère regarde aussi une série seule dans le salon. A 23 heures, je suis épuisée et lis quelques pages. Mon petit ami éteint la lumière et je m’endors rapidement, pendant qu’il regarde des vidéos sur son téléphone.