Une journée qui commence tôt

Allongée dans mon lit sous ma chaude couette d’hiver, je sens mon corps s’éveiller peu à peu, de la plante de mes pieds jusqu’au haut de ma tête tel un bref mais doux frisson. Rythmé par une musique somme toute lointaine pour mon esprit encore endormi, j’ouvre les yeux et fais face à une obscurité troublante confondant rêve et réalité. Je distingue sur ma gauche une légère lumière blanche éveillant doucement mes sens. Cette dernière ainsi que la musique finissent par s’intensifier et réveiller mon conjoint dormant profondément sur ma gauche. Je le vois saisir son téléphone et éteindre son réveil, laissant le silence reprendre sa place initiale. Le lever semble difficile, à tel point qu’il se recouche sur le dos et ferme les yeux un court instant, espérant peut-être grapiller encore quelques minutes de sommeil. D’une curiosité presque automatique, je décide de déverrouiller mon téléphone posé la veille sur la délicate et légère table de nuit noire métallique meublant le vide à la droite de mon lit. La vue encore floutée par mon réveil, je distingue brièvement qu’il est 4h20 du matin. Le téléphone déjà en main, je décide de consulter les notifications de mes réseaux sociaux. J’en profite pour scruter les gros titres des nouvelles du jour mais tous plus fades et répétitifs les uns que les autres, je décide de reposer mon téléphone. Je sens mon conjoint me caresser doucement la joue avant de se lever et se diriger lentement vers la salle de bain se trouvant à droite de la chambre. La séparation entre ces deux pièces ne dépendant que d’un mur très fin, la lumière qu’il vient d’allumer éclaire également les murs blancs de la petite chambre, le lit ainsi que le petit bureau noir en bois qu’elle contient. Totalement réveillée, je décide de me lever et d’ouvrir les vieux volets de la fenêtre se trouvant à ma droite. Malgré la chaleur du chauffage que je peux sentir sur mes jambes, le froid glacial émanant de dehors s’impose tout de même, refroidissant l’atmosphère de la pièce devenue presque hostile. Gelée, ma seule envie est de retourner sous ma grosse couette qui, tout de blanc vêtue, me semble encore chaude et douillette. Cependant, la lumière des lampadaires du dehors -que je peux apercevoir de la fenêtre- m’en dissuade et m’invite à contempler la vue sur le Nord de la ville. Elle est imprenable d’ici. C’est peut-être l’un des seuls bénéfices d’habiter au quatrième étage d’un immeuble de centre-ville datant des années 70, constamment envahis par les bruits des voisins et par ceux du Boulevard très fréquenté du bas de l’appartement. Trompant l’obscurité des étroites ruelles bordant le lotissement, seuls les éclairages orangés émanant de hauts lampadaires gris me permettent d’apercevoir l’étendue des quelques centaines de maisons typées alsaciennes entassées les unes sur les autres. Tous les volets semblent fermés et ne laissent paraître aucune lumière intérieure. Le centre à des airs de ville fantômes. Sombre, silencieux et inerte, il n’en perd pas moins son charme automnal que je trouve si apaisant. La clinique, à quelques centaines de mètres semble déranger le style typique alsacien par ses grandes baies vitrées, noires teintées, modernes, à moitié éclairées. Ce grand bloc de béton détonne face à cette étendue de vieilles maisons mais apporte un certain dynamisme au paysage. Je me perds alors quelques instants dans mes pensées, observant ces fenêtres une par une afin de contenter ma soif de curiosité frôlant parfois un certain voyeurisme. Je coupe le chauffage et ouvre ma fenêtre pour aérer la chambre. Le peu de chaleur régnant dans la pièce disparaît d’un seul coup laissant place au froid saisissant du mois de Novembre. Je le sens envahir le sol jusqu’à former de la buée sous la porte de la salle de bain. Je décide d’entrer et me réchauffer sous une bonne douche chaude pendant que mon conjoint, se coiffant juste à côté de moi, la serviette à la taille, semble profiter encore quelques instants d’être au chaud. Je me demande alors si c’est le temps -après trois ans de relation- qui rend l’intimité subjective et qui la fait disparaître au dépend d’une certaine pudeur personnelle ou si c’est l’amour qui en est la cause. Ce n’est qu’une question parmi celles qu’une douche méditative peut apporter sur le moment. Au sortir de la douche, j’ouvre la porte pour permettre à la buée de se dissiper, allégeant par la même occasion cette sensation presque claustrophobique que me procure cette toute petite salle de bain. En effet, au dépend de sa modernité de design de par ses murs beiges et gris, son sol anthracite, sa douche vitrée, son grand pommeau de douche, son large miroir, son grand lavabo et sa machine à laver, elle est bien trop encombrée et ne laisse que sept pas environs de liberté de mouvements. Par ailleurs, les toilettes, dans une pièce séparée en face de la chambre et à gauche de la salle de bain, sont encore plus petites et bien plus froides que celle-ci. Après m’être séché les cheveux et mis de la crème sur le visage, je me dirige vers le salon en traversant un petit couloir blanc pavés de dalles anthracites. Il fait froid. J’aperçois mon conjoint, déjà prêt pour le travail, enfiler sa veste d’hiver bleue, recouvrant à peine le « police » accroché à son polo bleu ciel. Ses cheveux bruns bien coiffés, sa barbe soignée ainsi que la douce et masculine odeur de son parfum ne trompent pas son air fatigué deviné par son teint blafard, ses yeux cernés, gonflés et son dos courbé. Le pas lourd, il me dit qu’il n’a pas envie d’aller travailler. Sur la pointe des pieds, je me hisse jusqu’à son cou afin de partager un dernier câlin, en lui chuchotant que tout va bien se passer avant de le laisser partir travailler. Il est 5h du matin. A peine fermée, l’épaisse et froide porte d’entrée -vêtue de bois foncé et située au bout du couloir à droite-, me confronte à une pesante solitude. L’appartement vide, dénué de vie, m’angoisse alors petit à petit. La ville, tout comme l’immeuble et l’appartement, appuient cette sensation désagréable de par son silence sourd, presque déconcertant lorsque l’on est habituée au bruit. Cependant, mon petit chat tigré me rappelle que je ne suis pas seule à vivre ici et miaule de manière répétitive près de sa gamelle se trouvant dans la cuisine. Cette dernière se trouve à gauche de la porte d’entrée et en face du petit couloir. Assez petite, environ de la même taille que la chambre, elle est aussi la salle à manger de notre chat, lequel est nourrit chaque matin de sa portion de croquette. Tout de suite à gauche je peux apercevoir notre grand frigo gris, quasiment neuf. J’en profite pour l’ouvrir et saisir le lait que j’utiliserais plus tard dans mon bol de céréales. L’odeur de raclette émanant des restes s’empare de toute la pièce, installant chez moi un certain malaise ou dégoût pour la nourriture en général. Sur la droite, j’ouvre les étagères murales vernis de rouge foncé et saisis un bol parmi les assiettes et autres affaires de cuisine. Juste en-dessous d’elles, je prépare mon petit déjeuner sur le plan de travail vêtu de vinyle gris, situé à côté de l’évier et des plaques de cuissons surplombant le four. Dérangée par le surplus de vaisselles utilisé la veille, je décide de nettoyer les quelques assiettes et couverts traînant dans le fond de l’évier. Ne constituant pas l’une de mes tâches favorites, j’arrive cependant à tromper mon ennui en contemplant la vue de dehors au travers des deux fenêtres occupant tout le mur sur ma gauche. Derrière moi j’entends le micro-onde gris – posé sur un buffet en bois-, sonné. J’ai juste le temps de l’ouvrir et de prendre la tasse qui s’y trouve pour y jeter un sachet de thé, que j’aperçois, au dehors, les lumières scintillantes bleues et blanches d’une ambulance roulant à toute vitesse. La vaisselle à moitié faite, mon thé à la main, je reste hypnotisée devant les froides fenêtres, observant la ville s’éveiller tout doucement. Malgré l’obscurité et cet épais brouillard matinal, j’arrive tout de même à entrevoir la rue et les quelques arbres à moitié débarrassés de leurs feuilles couleur d’automne qui bordent toute la berge de la Moder. Celle-ci qui, de par sa couleur dorée reflet des lumières de la ville réchauffe cette atmosphère si lugubre. J’aperçois enfin quelques voitures animer la ville. Je termine en vitesse la vaisselle puis me dirige sur ma droite, pour me retrouver à nouveau dans mon petit salon. J’allume la télévision, comme à mon habitude, pour regarder un épisode de la série « Atypical » sur Netflix tout en dégustant mes céréales Crunch car pour le moment, rien ne se passe. Malgré mon intérêt devant le jeu d’acteur si travaillé des comédiens, je sens mes paupières lutter de plus en plus contre le sommeil. Il est 7h du matin. L’immeuble s’anime peu à peu. J’entends la voisine du dessus aller se doucher puis couper son pain du moins il me semble que le bruit s’apparente à un couteau qui tranche du pain sur une planche. L’insonorisation ne parait vraisemblablement pas au point dans cet appartement. Le voisin d’en dessous quant à lui claque des portes et parle très fort, je ne sais pas s’il est tout seul ou avec une autre personne. J’entends le téléphone du voisin de palier retentir. Les sons sont étouffés mais il est facile de les distinguer. Toujours assise sur le coin gauche de mon long canapé gris, je peux sentir le froid glacial du dehors se frayer un chemin entre la chaleur qu’émane le chauffage qui se trouve juste en dessous. Je regarde la météo sur mon téléphone et m’aperçois qu’effectivement il fait seulement 1 degrés aujourd’hui. Par la fenêtre, l’obscurité de la nuit est perturbée par les lampadaires allumés. Toujours aussi poussiéreux et décorés de toiles d’araignées, ils dégagent une lumière jaunâtre, plutôt douce, semblable à celle d’un bon feu de cheminée. Tel un tableau tacheté de nuances, seuls certains détails sont visibles, le reste étant trop sombre pour deviner n’importe quelle autre forme. Ainsi, au premier plan apparaissent, la route, le parking payant de l’immeuble puis plus loin sur ma droite un petit rond-point. Trois voitures sont garées en bas, une Twingo rouge plutôt vieille -la même que celle de la première observation-, une petite Renault blanche et une grande et luxueuse Mercedes. La route est par ailleurs de plus en plus occupée par les voitures, sûrement par des personnes allant au travail. Au deuxième plan, je peux apercevoir tout le long de la route la silhouette des arbres à moitiés dénudés. Ils forment un amas épais, noir d’obscurité contrastant avec le ciel bleu nuit situé au troisième plan. Directement sur ma gauche, au travers des feuilles à moitié éclairées, j’arrive à distinguer, malgré un épais brouillard, le grand rond-point se trouvant de l’autre côté de la berge. Situé sur un axe principal, il est contourné par de plus en plus de voiture roulant plein far. Il est 8h passé et j’entends les voisins descendre les escaliers dans le couloir derrière la porte d’entrée. Je discerne surtout les talons de la voisine du dessus à vrai dire. Dehors, le brouillard, agrémentée par l’épaisse fumée émanant des pots d’échappement, semble s’épaissir, rendant le paysage de plus en plus flou. Les ronds-points et les routes sont bondés, la ville s’anime enfin, il est 8h30 du matin. Mon petit chat est venu me rejoindre sur le canapé et s’est endormi sur le plaid qui me recouvre les jambes. L’immeuble a retrouvé son calme et son silence, tout comme la ville vers 9h30. Le soleil s’est levé depuis mais le ciel gris et le froid lui font barrage et entretiennent cette ambiance triste et morbide régnant depuis ce matin. Je décide de consulter à nouveau les réseaux sociaux, beaucoup plus fournis en informations qu’à 4h du matin, la ville voire même la France semble s’être enfin réveillés et me tiennent un peu compagnie. Fatiguée, je reste allongée sur le canapé devant ma série, enchaînant les épisodes sans vraiment être investie, les paupières lourdes, à moitié endormie. J’entends toutes les 20 minutes environs les ambulances, la police ou les pompiers traverser la route en bas de chez moi au travers des diverses autres voitures et camions. Ils brisent le silence et la tranquillité de l’appartement mais au fur et à mesure du temps se confondent avec. Il est midi, j’entends les talons de la voisine du dessus rentrer chez elle. Je décide de me lever, suivie de mon chat, et d’aller préparer un bœuf bourguignon. En ces temps de confinement, la cuisine me rassure, m’occupe puis apporte un peu de joie dans notre quotidien. Je sors tous mes ingrédients dont la viande que j’avais laissé marinée la veille puis après avoir tout préparé, laisse cuire le tout pendant 1h30 tout en retenant mon chat qui voudrait bien chiper un morceau de viande. L’odeur est agréable, conviviale et réchauffe l’appartement, apportant un peu de bonheur à cette journée morose. Pendant la cuisson, je me motive à faire -pour la deuxième fois de la journée- la vaisselle engendrée par la préparation, même si l’idée ne m’attire pas plus que ça. Pendant ce laborieux travail, j’aperçois par la fenêtre à nouveau une forte circulation, peut-être engendrée par des personnes retournant au travail après leur poses déjeuners. Une femme, paraissant jeune, promène son chien sur le trottoir couvert de feuilles mortes, le long des berges de la Moder. Emmitouflée sous un gros manteau matelassé bordeaux, un bonnet blanc et une grosse écharpe mauve, le dos courbé, la tête penchée vers le sol et les mains dans les poches, elle semble avoir froid. Son petit chien, type Border Collie noir et blanc semble tout content de se promener et joue dans les feuilles mortes. Je suis interrompu par mon conjoint venant de rentrer à l’instant du travail. Il est 14h. Nous sommes en train de manger dans le salon, sur la petite table basse en bois, le fameux bœuf bourguignon. Silencieux, concentrés sur la nourriture, entre deux, trois bouchées, il murmure que c’est excellent puis continue à manger son repas. J’étais contente de savoir que ma nourriture lui faisait plaisir et qu’il mangeait avec bon appétit. Racontant ses diverses mésaventures vécues au travail, il semble énervé contre les habitants de la commune ou plus largement contre l’Homme. Je ne vais pas entrer dans les détails de cette discussion somme toute privée, qui touche à certains sujets sensibles de la société et notamment les violences conjugales, l’alcoolisme, les insultes et les maltraitances sur animaux par exemple. Il m’explique par ailleurs ne pas comprendre pourquoi la société s’en prend constamment aux policiers qui, pour la majorité, font tout simplement leur travail. Il a l’air impacté par le fait d’être autant détesté pour ce qu’il fait comme métier. Je vois qu’il est extenué, les yeux injectés, fatigué, nous mettons un petit film d’horreur -Annabelle 2 réalisé par David F. Sandberg- pour nous occuper ensemble. Je sens son souffle devenir de plus en plus lourd, il s’est endormi sur mon épaule. Il est 17h30. Reposé de sa sieste, nous reprenons le film que nous avions mis auparavant. Les films constituent par ailleurs une passion commune avec mon conjoint, le genre horreur étant notre préféré. Ils semblent être un moyen de décompresser, de sortir ne serait-ce qu’une heure et demie de nos vies et de s’imaginer ailleurs qu’ici. Par la fenêtre, de plus en plus de voitures se stationnent sur le parking en bas de chez moi. C’est la fin de journée, beaucoup semblent être rentrés du travail. Les rues sont vides si ce n’est un joggeur, vêtu d’habits de sports et d’un bonnet noir. Il est de dos et semble aller assez vite. La nuit a déjà repris sa place cultivant ma nostalgie des longues nuits d’été. Dès la fin du film, je décide de me lever pour faire tourner une machine de vêtements. Mon conjoint propose alors de m’aider mais je refuse, comme à chaque fois d’ailleurs. Après avoir suspendu le linge dans le salon pour qu’il sèche plus vite grâce au chauffage, je me dirige vers la cuisine pour préparer le repas du soir. Il est 19h30, les routes et les rues sont silencieuses, le brouillard pointe à nouveau le bout de son nez et l’atmosphère redevient la même qu’à 4h20 du matin si ce n’est que les voisins sont encore éveillés. Pendant que je prépare une omelette aux épinards et aux tomates cerises, accompagnée d’une salade d’endive, mon compagnon me rejoint dans la cuisine pour me tenir compagnie et voir si j’ai besoin d’aide. Ma cuisine est alors rythmée par de tendres câlins mais aussi par une petite danse ridicule, s’apparentant à un slow, que nous faisons parfois pour nous redonner le sourire, nous réconcilier ou nous amuser. C’est un moment que j’affectionne tout particulièrement car il fait l’effet d’un câlin éternel, qui réchauffe mes émotions et mon cœur si vide en cette période. En effet, vacillant entre solitude et déprimes, il est parfois difficile de s’en sortir, c’est pourquoi certains moments simples paraissent si importants. Suite à cet amusement, nous sommes allés dans le salon pour manger notre repas sur la petite table basse, devant des vidéos amusantes d’un youtubeur prénommé Squeezie. La bouche pleine, j’arrive tout de même à distinguer qu’il trouve le repas délicieux. Il me surnomme par ailleurs « chef mémé », ce qui m’amuse à chaque fois. Je ne rentre pas dans les détails de nos discussions qui sont la plupart du temps brèves ou faites de rires complices. Dès la fin du repas, nous sommes allés nous mettre au chaud sous la couette, accompagnés bien évidement de notre petit chat. La lumière de chevet allumée, le volet fermé, l’ambiance de la chambre est froide mais apaisante. Après quelques minutes sur nos téléphones respectifs, à vérifier nos messages et nos réseaux sociaux, les bâillements de plus en plus nombreux nous forcent à éteindre nos appareils et à les poser sur nos tables de nuit. Sur une petite enceinte Bose, je décide avant de dormir, de mettre le bruit des vagues en fond pour m’aider à m’endormir et ne pas entendre les nuisances sonores de l’appartement. Il est 20h30. Quelques câlins et bisous de bonne nuit marquent la fin de cette journée. 

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