Une ambiance calme et agréable

Je suis confiné avec ma mère et mon père, je suis fils unique. L’espace d’observation se situe dans un petit village alsacien à l’extérieur de la ville, dans un lotissement assez calme où vivent des familles et surtout des enseignants du collège et lycée comme il se situe à même pas un kilomètre. Bref, c’est un quartier très calme, jamais de problèmes de délinquance ou de violence. La maison de mes parents est sur deux étages, en haut les chambres, salle de bains et chambre d’amis puis en bas salon, salle à manger, cuisine et buanderie. Après, il y a le garage qui est collé à la buanderie qui est-elle-même collée à la cuisine. De plus, ils possèdent un jardin que je qualifierais de taille normale pour toute personne possédant un jardin en dehors du pôle urbain. Le jardin est entouré d’une haie de différents arbres comme des tieulles, noisetiers etc.… mais aussi d’une rangée de raisins d’environ cinq mètres de long avec à côté un petit potager que mon père prend grand soin. De plus, cette observation portera aussi sur ce que j’ai pu observer dans les alentours en me promenant et aussi sur ce que j’ai observé lors de mon passage au supermarché qui a duré environ 1h30. Il faut savoir que le supermarché se situe à cinq minutes à pied de chez mes parents ce qui facilite grandement les courses, la tâche qui m’est donnée ces temps-ci. En effet, d’habitude ce sont mes parents qui font les courses ensemble mais en ce moment c’est moi qui m’en charge car mon père eu dernièrement une opération du genou, ce qui limite énormément ces déplacements tout au long de la première semaine il ne pouvait pas trop bouger et une infirmière vient à domicile lui faire une piqure et vérifier son état tous les jours vers 14h30. Et ma mère travaille de 8h à 17h du soir. Ce qui, comment vous dire, donne une ambiance assez bizarre à la maison. Cette enquête va se dérouler entre de 10h à 20h, un jour de novembre, jusqu’à 20h car on mange généralement à 19h et après cela, mon père regarde la télé à l’étage en-dessous dans le salon, ma mère regarde aussi la télé mais dans sa chambre et moi je suis dans ma chambre. Ça peut paraitre un peu triste à première vue, je suis d’accord avec vous mais ce n’est pas vraiment le cas, je l’expliquerais plus tard. 

L’enquête d’observation débute quand je me réveille à 10h. De mon réveil jusqu’au moment où je mange vers 12h30. J’avais complètement oublié que j’étais dans l’observation alors que je me le suis exprès rappelé la veille pour ne pas oublier. Il faut savoir que pendant que je cuisine et quand je mange c’est vraiment le moment où je reprends mes esprits et me réveille vraiment parce qu’avant cela je suis comment dire, encore un peu endormi et fatigué. Alors que je commençais à faire cuire mes oeufs sur la poêle mon père sorti de la buanderie que se situe juste à côté de la plaque de cuisson, au fond de la cuisine. Il ouvrit assez doucement la porte comme il a une béquille à cause de son opération au genou droit qui est très récente. On se salue  de façon très banale et je lui demande naturellement comment il va, si son genou lui fait mal, j’ai dit ceci même si je pensais que oui vu comment il marchait. Il me répondit d’un air un peu agacé “ oui ça va, ça va, c’est juste ce débile de patron qui me demande de faire un petit travail de soudure”, il faut savoir que mon père avait été en arrêt-maladie une semaine déjà avant qu’il se fasse opérer du coup à ce moment-là cela fait trois semaines. Il était vraiment agacé car ce n’était pas la première fois qu’il appelait pour que mon père vienne travailler en sachant très bien qu’il était blessé à cause justement de ce travail de soudure répété à longueur de journée avec un genou posé au sol. Ce que je trouve personnellement lamentable mais bon là n’est pas le sujet. 

Je vous ai dit précédemment qu’au début j’avais oublié que je devais faire l’observation, c’est en regardant mes notes, ce que je fais tous les jours pour voir ce que j’ai à faire ou prévu de faire, c’est à ce moment-là que je me rappelle que je dois faire cette observation je suis étonné. Peu après que j‘ai débarrassé la table et je commence à m’asseoir tranquillement sur le canapé, quelqu’un sonna à la porte. Je me disais que ça serait surement l’infirmière qui vient faire la piqure journalière à mon père, il faut que je précise que ce n’est pas tout le temps la même infirmière, il y a un roulement. Après avoir vu mon père faire un sursaut, j’ouvris la porte. On se salua d’un simple “bonjour”, elle portait un masque chirurgical mais on pouvait voir grâce aux plissements de ses yeux et au timbre de voix qu’elle souriait. Pendant que je me servais un thé, j’écoutais d’une oreille assez attentive l’interaction entre moi père et l’infirmière. Elle s’appelle Valérie, je remarque tout de suite qu’elle possède une voix assez forte et je la trouve assez brusque et directe dans ces manières de faire. En effet, quand je lui ai ouvert la porte, j’ai eu à peine le temps de me décaler pour la laisser rentrer qu’elle était déjà face à moi, c’était assez gênant en plus. En partant, devant la porte elle dit à mon père “ à la prochaine dans la rue”, mon père m’a tout de suite regardé d’un air assez confus, il me dit “t’as déjà cette expression” en rigolant un peu, je répondis non avec le sourire. Cette infirmière assez désagréable en y repensant dans sa manière de s’imposer contrairement aux autres. Mon père me dit en se couchant sur le canapé qu’il ne l’apprécie pas et que ma grand-mère “mamema” il dit ne l’appréciait pas non plus, il rajouta qu’elle n’était pas très délicate et faisait ceci assez brusquement sans prendre forcement soin de son genou. En relisant mes notes (mes notes de portable) et en y repensant, c’est vrai qu’en l’écoutant parler et en l’observant on sentait un peu d’empressement, une manière de faire, d’interagir assez formelle et ne prenant pas le temps de s’appliquer et prenant vraiment le strict minimum des informations pour voir si le patient (mon père) va bien. Je peux comparer son intervention avec celle des autres infirmières qui était vraiment meilleures, plus bienveillantes dans leurs manières de faire et des interactions plus riches. Alors, je trouve que la prestance de Valérie était assez, maladroite, oui je pense que c’est le bon mot, maladroite. 

Quelque temps plus tard, je décide de me rendre au supermarché qui est à 5 minutes de chez moi à pied. Cela me permettra de me changer les idées et d’avoir de la matière à observer. Il faut savoir que mon lotissement se forme de cette façon, il y a cinq impasses perpendiculaires à une rue principale ou circule les voitures qui est à double sens avec un grand trottoir sur le côté et c’est au bout de cette longue rue, longue par rapport aux petites impasses, qu’il y a le supermarché sur la droite. Une fois arrivé sur le parking, à pied on est obligé de traverser le parking pour accéder à l’entrée. J’y suis allé dans les alentours de 16h, j’étais étonné du nombre de voitures garées. Le parking n’était pas plein mais il y avait une certaine circulation, je dirais qu’il était rempli à un tiers. D’habitude quand j’y vais il y a moins de monde voire quasiment personne. Vu le nombre de personnes et l’agitation, je me suis dit que ça serait un bon moment pour observer et de marcher tranquillement, se laisser porter dans les rayons et après prendre mes courses. Ce qui me percutait dès le début c’est la quantité abusive de “grosse promotion” sur divers produits en grande quantité. Avec la lumière blanche du magasin et ces grosses écritures rouges et jaunes, on se sent tellement incités voir obligés à consommer c’est incroyable. 

Je décide alors pendant un temps d’observer les personnes qui sont attirés par ces promotions, sachant qu’il y avait de tout que ce soit des biscuits, bonbon, jus de fruits, petit pain, alcool… mais pas d’objets, que de l’alimentation. Déjà ce qu’il y a noté, après le petite portique, l’entrée, la première allée est remplie de promotions qui incitent à suivre la ligne droite sur laquelle absolument toutes les promotions sont placées. La plupart des personnes soit 8 sur 10 environ suivent ce chemin tracé de rempli de promotions, une minorité tourne à gauche dès l’entrée pour aller dans des rayons plus spécifiques. Beaucoup de personnes qui semblent âgées dans leur manière de marcher et de parler s’arrêtent devant les gâteaux en pains d’épices, cacahuètes caramélisées, toute cette sorte de biscuit. Il y a aussi, de ce qui semble être des couples et père et mère de famille qui sont plus attirés sur les promotions de gâteaux ( oreo, granola, twix..) et les grands paquets de céréales “familiales”, j’ai l’impression que chaque groupe de pair qui s’arrête devant les céréales prend du temps à choisir. J’ai observé assez longuement un couple qui m’intriguait, ils semblaient avoir tous les deux environ la quarantaine. J’avais l’impression qu’ils débattaient longuement sur lequel paquet il fallait prendre. Les deux faisaient des gestes en parlant mais je ne distinguais pas ce qu’ils disaient. Alors avec mon petit chariot bleu de la main droite et mon téléphone de la main gauche je marchais l’air de rien dans leur direction. En passant à côté d’eux, j’entendais assez clairement leurs discussions “ on prend celui-là il y a du chocolat dedans !! “ “ nan je n’aime pas ceux-là je préfère les autres”… J’ai trouvé la situation assez drôle car les deux voulaient convaincre l’autre mais aucun ne voulait céder à l’autre. Leurs timbres de voix étaient assez forts mais il chuchotait c’était une vraie scène de ménage. En les croissants un peu plus tard dans le magasin, eux d’un sens, moi dans l’autre j’ai vu qu’au final ils avaient pris les deux paquets posés dans leur cadi. J’ai aussi remarqué en me dirigeant vers la caisse qu’il n’y avait absolument aucun enfant ou adolescent de de 15-16 ans. Ceci est vraisemblablement lié au confinement, ce n’est que les pères et mère de famille qui font les courses dans la plupart des familles je pense. Une autre remarque liée au COVID-19, toutes les personnes que j’ai croisées sur le parking ou dans le magasin portaient un masque, après certains le portait à moitié. C’est-à-dire que leur masque s’arrête en dessous du nez, j’ai toujours trouvé ça assez énervant parce que c’est soit tu le mets ou tu ne le mets pas mais tu ne le mets pas à moitié, autant l’enlever à ce moment-là. Le temps que je rentre il faisait déjà nuit et c’était bientôt l’heure du diner. Je décide de rentrer car je pense avoir assez d’éléments, de matière à analyser ce qui provient du magasin. Tout au long de cette observation dans le supermarché j’ai choisi de prendre des notes sur le téléphone et de rester à observer les individus de façon non insistante afin de rester discret pour que les acteurs gardent un comportement naturel qu’ils ne soient pas perturbés par ma présence et je vous l’avoue éviter la gêne. Donc pour avoir un compte-rendu le plus vrai et le naturel possible. 

Petit à petit l’heure du diner arriva, j’étais resté dans ma chambre avant pour voir ce que j’avais écrit dans mes notes et pour me poser tranquillement. Je descends vers 19h30 pour aller manger, ma mère a fait quelque chose d’assez simple mais très bon. Elle avait fait une soupe, avec un poireau, épinards, haricots et bien d’autres légumes. Avec ceci elle avait fait des tartines flambées au four, tranches de pain de mie avec du fromage blanc, des lardons et du gruyère sur certaines. La soupe était vraiment très verte je lui ai demandé ce qu’il y avait dedans elle m’a dit en souriant “ toutes les petites légumes vert”, ma mère dit toujours “petites légumes” c’est comme une blague habituelle mais qui reste marrante. Mon père a ensuite continué la blague comme à son habitude “ ah oui il y a des petites épinards et des petites haricots”. Pendant qu’on mange on ne parle pas souvent, à part quand on a vraiment des choses a raconter ce qui n’était pas le cas cette fois. Juste mon père qui dit à ma mère que l’infirmière était assez l’ouest de nouveau. Il y avait une ambiance plus tôt calme et agréable, il faut savoir que quand je mange et c’est pareil pour mon père c’est le moment de dégustation et de tranquillité. C’est aussi pour cela qu’on ne parle pas énormément pendant le repas. Ma mère finit la première comme d’habitude, elle mange toujours assez vite sans faire exprès. Elle se mets sur le canapé en face de la télé qui était un peu derrière nous et sur notre droite. A chaque fois, quand elle se couche elle regarde la même émission “un jour nous appartient” en chantonnant le générique du début tout en étant sur sa tablette. Mon père la rejoint et il discute de ce qui se passe dans l’émission sur qui fait quoi, comment, pourquoi… Personnellement je ne suis pas du tout captivé par cette émission alors quand j’ai fini de manger, je débarrasse la table et je monte dans ma chambre. La plupart du temps ma mère monte 30 après environ. Alors on se retrouve tous dans une pièce différente, ma mère dans sa chambre, mon père dans le salon et moi dans ma chambre il est alors environ 20h. Certaines personnes pourraient trouver ça triste mais personnellement non car c’est une habitude depuis toujours et je comprends parfaitement que ma mère a envie de se coucher tranquillement dans son lit après une journée à l’usine très épuisante. D’un point de vue extérieur ou de quelqu’un qui a une ambiance, une organisation familiale différente je comprendrais que cela peut être étonnant. On pourrait dire qu’on entretient pas notre relation fils-père par manque d’interactions mais il faut savoir qu’avec mon père on ne se confie quasiment jamais, on ne dévoile jamais ce qu’on ressent l’un pour l’autre, peut-être parce que ça parait évidant ou peut être par simple fierté “d’homme”, on y repensant je n’ai jamais vu mon père pleurer, même dans les moments très difficiles, c’est peut-être justement cette fierté qui sépare les individus. La relation “père-fils” perd peut-être de son authenticité et de son intensité, je ne sais pas vraiment. Enfin, je décide de stopper l’observation à 20h quand je suis dans ma chambre. 

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